La première fois que j’ai embarqué pour une croisière sur la Baie d’Halong, j’avais en tête les photos qu’on voit partout : ces pitons karstiques qui jaillissent de l’eau comme des dragons endormis, un décor à la fois irréel et familier à force d’avoir été photographié. Ce que je n’avais pas anticipé, en revanche, c’est tout ce qu’il y a autour de cette photo parfaite : le choix interminable de la bonne croisière, un itinéraire ultra-balisé que suivent presque tous les bateaux, et quelques réalités qu’on montre moins volontiers sur les réseaux. Voici le récit de mon excursion à la Baie d’Halong, l’une des 7 merveilles de la nature selon l’UNESCO, avec, au passage, de quoi vous aider à préparer la vôtre.

Choisir sa croisière à Hanoï : la “jungle” des agences du Vieux Quartier
Dès l’arrivée à Hanoï, on comprend vite que la croisière sur la Baie d’Halong est devenue un vrai petit business : à peu près toutes les agences, boutiques et hôtels du Vieux Quartier en proposent une version, généralement contre une commission. Résultat, les propositions tombent en rafale dès qu’on pose son sac à dos. De quoi y perdre un peu la tête au début, mais pas de quoi renoncer : prenons un peu de recul !
En 2018, deux formats dominaient le marché : la croisière « 2 jours / 1 nuit » et la version « 3 jours / 2 nuits ». La grande majorité des voyageurs optent pour la première, surtout pour des raisons de budget. Elle permet bien d’admirer la baie, mais elle file aussi très vite, avec ce sentiment de ne pas vraiment en avoir assez. C’est l’option que j’avais choisie, et cette impression était bien là.
Pour départager les offres, trois critères comptent : la qualité du bateau, le nombre d’activités incluses, et la qualité des repas à bord, car c’est ce qui fait varier le prix. Je ne recommande pas la croisière la moins chère si vous tenez à un minimum de sécurité et à des repas corrects (comptez environ 35-40 $US pour les offres les plus basses, ce qui laisse peu de marge sur ces deux points). Une croisière plutôt correcte d’une nuit à bord coûtait à l’époque plutôt entre 65 et 75 $US par personne.
Petite précision utile sur la logistique : il n’y a que 160 km entre Hanoï et la Baie d’Halong, mais le trajet prenait encore 4 heures lorsque j’ai fait cette croisière. Bonne nouvelle pour les voyageurs d’aujourd’hui : grâce à la nouvelle autoroute Hanoï-Hai Phong-Halong, on couvre désormais la distance en environ 1h30 ! De quoi gagner une bonne partie de la journée pour savourer la baie plutôt que la route.
Premier jour : la Grotte Surprise et l’île de Titop, l’itinéraire que suivent (presque) tous les bateaux
La quasi-totalité des bateaux empruntaient le même itinéraire, et il faut s’y faire car la Baie d’Halong reste l’un des sites les plus touristiques du Vietnam.
Le bateau quitte le port touristique de la ville d’Halong et met le cap directement sur la Grotte Surprise. On y découvre d’impressionnantes formations karstiques, mais on y croise surtout des hordes de touristes qui, comme vous, ont réservé à peu près la même excursion.

Direction ensuite l’île de Titop, où la baignade est généralement proposée (j’y reviens plus bas). Personnellement, j’ai préféré grimper la petite montagne qui domine l’île. Au sommet, si l’horaire et la météo s’alignent, le coucher de soleil sur les montagnes dragon de la baie vaut l’effort !
Une chose que je n’ai pas particulièrement appréciée pendant cette croisière : on n’a quasiment jamais le temps de s’installer sur le bateau et de regarder le paysage défiler. Entre les descentes pour visiter une grotte ou une île, le kayak, et les repas pris à l’intérieur de la cabine, il reste finalement peu de moments pour profiter du pont. Sur une croisière de 2 jours, j’ai eu l’impression d’avoir au final assez peu vu la baie elle-même depuis le bateau.

Une nuit au creux des rochers, puis le réveil sur l’eau
La nuit se passe ancrée entre les montagnes, au milieu d’autres bateaux. On n’entend presque rien de ce qui se passe chez les voisins, mais on ne voit pas grand-chose non plus une fois la nuit tombée. Il faut attendre le lendemain matin pour retrouver les montagnes.
Le retour au port a généralement lieu en fin de matinée, après un crochet pour faire du kayak dans la baie ou visiter un village de pêcheurs flottant. Pour les croisières plus longues, un arrêt supplémentaire est en général prévu pour se baigner sur l’île de Cat Ba ; certaines, au-delà de 3 jours, poussent même jusqu’aux baies voisines de Bai Tu Long et Lan Ha.
Lever et coucher de soleil sur la baie : la météo a toujours le dernier mot
Pouvoir admirer un lever ou un coucher de soleil sur la Baie d’Halong dépend avant tout de la météo. Le nord du Vietnam est souvent brumeux, avec un ciel gris et un horizon peu dégagé, et la baie ne fait pas exception. Mais avec un peu de chance, les paysages sont à couper le souffle.
Le plus beau point de vue pour le coucher de soleil reste en hauteur : j’ai grimpé jusqu’au sommet de l’île de Ti Top pour l’admirer, et malgré les moustiques qui avaient visiblement décidé que mes jambes feraient un excellent terrain de jeu, je n’ai pas regretté la petite escalade, même si le sommet était plein de monde. Si la foule vous pèse, rester sur le pont du bateau fonctionne très bien aussi.
Le lever de soleil, lui, est plus aléatoire : il faut se lever tôt, et le bateau n’est pas toujours bien positionné pour profiter du spectacle. Mais la lumière douce qui teinte les nuages au petit matin reste, quand elle est là, l’une des plus jolies choses à voir sur la baie.

Se baigner dans la Baie d’Halong : la réalité sous la surface
C’est sans doute le point sur lequel je veux être la plus honnête : avec la densité de bateaux qui circulent dans la baie chaque jour, l’eau n’est pas exactement cristalline, et on remarque assez vite des traces de fuel près des îles les plus fréquentées, ce qui rend la baignade peu engageante à mon goût. Cela n’empêche pas grand monde de se baigner, et vous croiserez sûrement des voyageurs à l’eau sur l’île de Ti Top.
C’est le revers classique d’un site visité par plusieurs millions de personnes chaque année, sur une zone maritime relativement fermée. Les autorités de la baie ont mis en place ces dernières années plusieurs mesures pour tenter d’inverser la tendance (limitation du nombre de bateaux, traitement des déchets, zones protégées) donc la situation peut évoluer. En attendant, si la transparence de l’eau est importante pour vous, ménagez vos attentes côté baignade !

L’équipage et les villages flottants : la part humaine de la croisière
Une chose qu’on oublie facilement en photographiant les rochers : derrière chaque croisière, il y a un équipage souvent payé une fraction du prix que vous aurez déboursé pour embarquer. Une urne de pourboires est généralement mise à disposition à la fin de la traversée : libre à vous d’y mettre ce qui vous semble juste.
Sur le même sujet, un mot sur les villages de pêcheurs flottants que certaines croisières incluent dans leur itinéraire (Cua Van ou Vung Vieng, par exemple) : depuis 2012-2014, une grande partie des familles qui y vivaient à l’année ont été relogées sur la terre ferme, pour des raisons de sécurité et de préservation de la baie. Ces villages fonctionnent donc aujourd’hui davantage comme des lieux de mémoire vivante, où certaines familles reviennent dans la journée pour faire découvrir leur ancien mode de vie, plutôt que comme des villages où l’on débarque pour observer le quotidien de gens chez eux. Ceci dit, j’ai quelque peu regretté la fugacité du contact avec les gens, qui s’est limité à quelques interactions commerciales.

Et si on visitait la Baie d’Halong sans croisière organisée ?
La croisière organisée, c’est donc la solution de facilité. Pour qui veut sortir des sentiers battus, il est tout à fait possible de se rendre à la Baie d’Halong par ses propres moyens. Il suffit de prendre un bus local jusqu’à la ville d’Halong, où vous pourrez séjourner le temps qu’il faut. La ville elle-même reste avant tout une étape logistique plutôt qu’une destination en soi, mais elle a aussi son intérêt : c’est l’occasion de voir un visage du Vietnam plus éloigné des cartes postales de la baie, loin des circuits organisés.
De là, vous pourrez chercher un bateau qui traverse jusqu’à l’île de Cat Ba, où vous pourrez rester une, deux ou trois nuits, selon vos envies. Sur le trajet, les montagnes dragon de la baie restent visibles tout du long.
Gardez en tête que cette option demande davantage de temps, pour les correspondances, pour trouver le bon bateau, etc. Mais elle restera nettement moins chère qu’une croisière organisée. Comme souvent en voyage : ça peut être rapide et bien organisé, ou bien organisé et pas cher, mais rarement les trois à la fois.

Bai Tu Long et Lan Ha : les baies voisines, (un peu) plus loin des foules
Si l’itinéraire ultra-balisé de la Baie d’Halong vous a un peu refroidi, sachez qu’il existe des alternatives tout aussi spectaculaires et beaucoup moins fréquentées : les baies de Bai Tu Long et Lan Ha, respectivement au nord et au sud de la Baie d’Halong, offrent les mêmes formations karstiques sans (ou presque) la foule.
Les croisières y sont en général un peu moins chères, mais aussi un peu moins simples à dénicher. En échange : beaucoup moins de monde, et l’occasion de profiter pleinement de ces montagnes qui rappellent un dragon endormi, sans se soucier de savoir si la photo qu’on prend ressemble à celle de tout le monde.
Certaines croisières plus longues (4 jours / 3 nuits, par exemple) combinent d’ailleurs la Baie d’Halong avec l’une de ces deux baies voisines : une bonne façon d’allier le confort d’une croisière organisée et le plaisir d’une expérience un peu plus exclusive, au cœur des montagnes du nord du Vietnam.

No Comments