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Entre Pérou et Bolivie : parcours insulaire sur le lac Titicaca

Cet article a été publié en juillet 2016 dans Americas Connection, un magazine papier gratuit qui raconte les cultures d’Amérique latine auprès des francophones.


Le plus beau lever de soleil du Pérou est celui qu’on admire debout au bord du plus haut lac navigable du monde, après une courte nuit passée dans le bus qui assure la liaison Cusco-Puno.

A l’aube, celle qu’on appelle « la mer andine » se dessine sous ses plus beaux atours avec ses couleurs roses et mordorées. Mon regard de voyageuse s’emplit de la tranquillité du spectacle : les barques touristiques dans le port de Puno sont encore au repos. Moins de deux heures plus tard, elles véhiculeront d’île en île des centaines de touristes venus du monde entier découvrir le célèbre Titicaca.

Pour vivre pleinement l’expérience de ce lac partagé entre Pérou et Bolivie, il faut visiter ses îles. Côté péruvien, on découvre les étranges îles flottantes Uros avant de continuer vers Taquile et Amantani, véritables terres de paradis. Côté bolivien, il faudra se lancer dans l’excursion de l’Isla del Sol, berceau légendaire de Manco Cápac, fils du Soleil et dieu-fondateur de la mythologie inca. J’ai trois jours.

Uros et Taquile : les îles à fleur d’eau

Une fois le soleil bien levé, le lac Titicaca apparaît plus pur que l’azur. Debout sur le pont du bateau qui m’emmène jusqu’aux îles Uros, j’ai du mal à croire que ces remous dignes de la haute-mer sont ceux d’un lac. 1ère étape, donc : ces îles artificielles faites d’un matériau pourtant très naturel : le totora, un étonnant roseau poussant à-même le lac. Il fut utilisé à la fois pour la construction des îles par le peuple uros qui s’y réfugia, et comme comestible. Les Uros flottent telles d’immenses bottes de roseaux à la dérive. Aujourd’hui, seule une partie de leurs habitants y dort encore ; beaucoup ont bâti leur demeure sur la rive de Puno et font l’aller-retour pour accueillir les touristes.

A ce stade de la découverte du lac, on mesure donc à quel point le tourisme de masse façonne la vie quotidienne sur ces îles. Les habitants de l’île, peu nombreux, dont les bonnets pointus colorés sont un signe distinctif traditionnel de la communauté, m’ont semblé plus réservés que démonstratifs. Sur Taquile, l’ambiance est tout autre que sur les Uros : sur la terre ferme cette fois, on est accueilli par une magnifique balade le long de chemins de pierres jaunes surplombant la mer. La mer la plus bleue qu’il m’ait été donnée d’admirer. De portail en portail, je grimpe vers le sommet de l’île où se dessine un petit village. Ce sera ensuite un moment de calme intense que de siroter un mate de muña et de goûter à une trucha – la truite grillée, spécialité de la région – sur la place du village.

Vue sur le lac Titicaca depuis l'île de Taquile, sur le lac Titicaca
Impressionnante perspective depuis l’île de Taquile, sur l’immense lac d’altitude Titicaca et les montagnes andines au loin.

Isla del Sol : entre ciel et mer

La traversée de la frontière par la terre n’est qu’une petite formalité pour qui possède un passeport européen (un privilège qu’il vaut la peine de souligner, puisqu’il est loin d’être universel). Une fois la frontière derrière soi, Copacabana, ville riveraine de l’Isla del Sol, n’est plus qu’à 1h30 de route. On ne s’attarde pas dans cette petite ville-plage : les bateaux nous pressent de rejoindre l’île du Dieu Soleil.

En posant le pied sur la pointe sud de l’île, c’est le célèbre escalier inca de mille marches qui domine les voyageurs débarquant sur la plage. Il faudra reprendre son souffle plusieurs fois pour le gravir. Mais une fois arrivée au sommet, quelle vue époustouflante se dévoile ! Jamais je n’avais encore assisté à un tel spectacle : des bandes de terres serpentant entre les bras de mer miroitant d’argent, d’où s’élèvent alors les silhouettes de montagnes encore enneigées au loin. Ce paysage me semble être une poésie romantique, où la nature grandiose aurait sublimé les mots. C’est l’un des plus beaux endroits du monde. Le coucher du soleil imprègne l’Isla del Sol d’une lumière mauve un peu irréelle, qui transporte alors lentement le visiteur vers une nuit peuplée d’étoiles.

Magnifique lumière sur un village perché sur l'île Titicaca.
Avec de telles lumières, il est facile de comprendre pourquoi l’île du soleil est le lieu de naissance du Dieu Soleil dans la cosmogonie andine.

Le petit matin se vit le lendemain sur le point culminant de l’île, appelée « Titikaka » en quechua et en aymara, les langues encore parlées aujourd’hui dans la région : tout autour de nous, de la beauté. La mer et le ciel à perte de vue. J’ai oublié que tout ce bleu est celui d’un lac. J’ai oublié jusqu’au pays où je me trouve : il faut se concentrer sur sa respiration et son cœur lorsqu’on randonne sur l’Isla del Sol, à plus de 4000 mètres d’altitude. Debout au sommet des sentiers, difficile de ne pas avoir le souffle court devant les reflets du Lac Titicaca et les vestiges des forteresses incas qui se découpent face à la mer. Il faut avancer, admirer, s’imprégner. Ainsi en va-t-il de l’expérience du Lac Titicaca, un site d’une importance spirituelle majeure dans la cosmologie inca, aymara et quechua.

Aujourd’hui encore, quand je repense à ce voyage, le Lac Titicaca reste l’un des plus beaux endroits qu’il m’ait été donné de voir. Je garde un souvenir intact de ses paysages infinis, de sa luminosité si particulière, de ses couleurs et des expériences qui semblent n’appartenir qu’à ce lac-là.

Très belle vue sur le lac titicaca depuis le haut de l'île du soleil.
Du haut de ses 4000 mètres d’altitude, l’île du soleil offre des panorama à couper le souffle sur le lac titicaca.

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